LE TEMPS DES ANCIENS SOLEILS

court-métrage d'animation, musical et sans paroles


Scénario :  Yannis Baziz & Marie Planchard

Musique :  Yannis Baziz

Production : Diem Production 

 

Dossier de production à consulter ci-dessous, en développement : 

Pitch / Intention / Synopsis / Moodboard / Séquencier + extraits musicaux / Biographie des auteurs. Avec le soutien de  la Région Ile de France 

 

PITCH 

Après une rencontre bouleversante, un jeune homme entame une révolution intérieure qui le mènera au plus profond de lui-même. Il vivra un incroyable voyage, à la découverte de la lumière qu’il porte en lui. 

Illustrations utilisées pour le dossier : Vincent Van Gogh

 

 INTENTION 

La seule révolution authentique n'est-elle pas une révolution intérieure ? Et si le déclencheur de cette révolution était la relation ? Les citations de plus de 70 auteurs et philosophes de toutes époques et horizons ont nourri ces réflexions et  l’écriture de ce parcours initiatique,  de Platon à Rilke, de Rumi à Krishnamurti.  L' Amour,  la connaissance de soi et la conscience sont au cœur de ce film musical et sans paroles. 

 

 SYNOPSIS

J’étais à des milliers de kilomètres de ma maison, un onze novembre à onze heures du soir, quand eut lieu la rencontre. 

L’Amour est apparu, nous a baigné dans une eau si pure, une joie si délicate et profonde, une poésie si fertile que ce fut l’extase, la libération de soi.
Nous étions comme absorbés par la Beauté, transportés à chaque instant par un lien invisible tissé entre l’un et l’autre, entre l’un et toute chose. C'était une communion profonde avec chaque entité, chaque évènement, d’où un sens inédit se dégageait. Chaque pensée, chaque émotion partagée était menée librement au bout d’elle- même, à la rencontre de l’autre, dans une perfection inespérée. 

Cet Amour nous enseigna ce qui existe au-delà du temps et de la pensée, loin des fardeaux de l’humanité. Nous apprîmes que la vie est d’une beauté et d’une abondance merveilleuse lorsqu’on sait l’observer. 

Nous fûmes en contact avec cette zone de notre être, dont la trace avait été gardée jusque là comme un espoir, une légende discrète, désormais bien réelle et mise au grand jour. Loin des nuages et loin de la boue.

Et pourtant, nos nuages et notre boue sont venus nous chercher lorsqu’il était temps.
Ce fut un déchirement intense, comme si l’on était séparé de son propre cœur, comme si la douceur de la vie vous était refusée. Le destin semblait foudroyant. 

Je fus violemment séparé de toi. Le bain de lumière fit rapidement place à une marée noire qui me fit plonger dans l’informe.
Je ne le savais pas encore, mais l’Amour m’avait jeté sur le chemin d’une incroyable révolution, comme s’il voulait me rendre à moi-même. 

Parce que la lumière ne peut exister si l'on ne connait pas l'ombre, je m’apprêtais à faire ce périlleux voyage, ce travail de découverte de l'essence de la vie.

Pour connaître et libérer la source de cette lumière.


- MOOD BOARD

Croquis réalisés par Yannis Baziz / repères d'ambiances 

- SEQUENCIER

SCENE 1 : LA RENCONTRE, EXT NUIT, PLACE D'UN VILLAGE

On découvre un petit groupe assis autour d’une table, à l’occasion d’une fête de village. L’ambiance est à la séduction et au divertissement.
Un homme volubile et extraverti cherche visiblement à être au cœur de l’attention. Une femme, assise à ses côtés, semble ne pas être insensible à son numéro. Un autre homme semble contrarié et attristé par son comportement et se met en retrait, se ressert de l’alcool. Une autre femme, quant à elle, minaude et cherche le regard d’un jeune homme assis en face de lui. 

Lui est calme, silencieux, il semble à la fois présent et pourtant absent, loin des jeux sociaux de ses compagnons. L’horloge du village affiche 11h11. 

C’est alors qu’une voiture dépose une jeune femme aux cheveux clairs. L'homme volubile la hèle et lui fait signe de les rejoindre. Le jeune homme calme entre dans le champ de vision de la jeune femme. Elle le regarde et s’approche du groupe. 

INSPIRATIONS 

Il y a des instants où un homme devant toi se détache, calme et clair sur fond de sa splendeur. Ce sont des fêtes rares, que l'on n'oublie jamais. Cet homme, désormais, tu l'aimes. C'est à dire, tu t'appliques désormais de tes mains tendres à copier les contours de sa personnalité telle que tu l'as perçue à cet instant.

Rainer Maria Rilke 

On n’échappe pas à la relation. Dans le miroir de la relation nous pouvons nous voir nous-mêmes, découvrir qui nous sommes, nos réactions, nos préjugés, nos peurs, la dépression, les anxiétés, la solitude, la souffrance, la douleur, le chagrin. Nous pouvons aussi découvrir si nous aimons, ou si l’amour existe. 

Jiddu Krishnamurti 

MUSIQUE

en dvplt



SCENE 2 : LA REUNION / EXT DE LA NUIT A l’AUBE 

La jeune femme aux cheveux clairs salue le groupe, tend la main aux gens assis autour de la table. Elle arrive à hauteur du jeune homme qui la regarde toujours, avec beaucoup de douceur. Alors que leurs mains se rencontrent, leurs deux autres mains et leurs pieds se rejoignent, ils sont maintenant à leur grande surprise comme deux demi-cercles réunis pour former un cercle entier. Le cercle se met à rouler, mû par une grande énergie, et traverse la place, sous les yeux du groupe dont les membres tentent de les retenir, en vain. Le mouvement du cercle emmène les deux personnages hors du village, jusqu’à un champ doré. Pendant qu’ils roulent, la scène passe progressivement de la nuit au jour. 

 

INSPIRATIONS 

De là vient l'amour que nous avons naturellement les uns pour les autres : il nous ramène à notre nature primitive, il fait tout pour réunir les deux moitiés et pour nous rétablir dans notre ancienne perfection, pour guérir notre nature humaine. Chacun de nous n'est donc qu'une moitié d'homme qui a été séparée de son tout de la même manière qu'on coupe une sole en deux. (...) 

Platon 

MUSIQUE



SCENE 3 : SOUS LE FIGUIER IMPERIAL / EXT JOUR 

Arrivés dans le champ de graminées orangées, les deux personnages se détachent et avancent vers un immense figuier qui se trouve un peu plus loin puis s’assoient au pied de l’arbre, où quelques fruits bien mûrs sont tombés.  Les graminées sont si lumineuses qu’elles semblent étinceler comme les feux d’une forge. 

Le silence est vaste, un serpentin de lumière scintille dans le ciel. On voit, au dessus de la têtes des personnages, leurs pensées joyeuses, représentées par des gerbes de couleurs,  jaillir, se fondre et recommencer. 

INSPIRATIONS 

Mon amour pour toi n’a fait que grandir depuis le premier jour : sous le figuier impérial il tremble et rit dans les étincelles de toutes ses forges quotidiennes. Parce que tu es unique, tu ne peux manquer pour moi d’être toujours une autre, une autre toi-même. A travers la diversité de ces fleurs inconcevables, là-bas, c’est toi changeante que j’aime en chemise rouge, nue, en chemise grise. 

André Breton 

La joie est notre évasion hors du temps 

Simone Weil 

Devant nous fuse un jet d’eau dont elle paraît suivre la courbe. Ce sont tes pensées et les miennes, Vois d’où elles partent toutes, jusqu’où elles s’élèvent et comme c’est encore plus joli quand elles retombent. Et puis aussitôt elles se fondent, elles sont reprises avec la même force, de nouveau c’est cet élancement brisé, cette chute...et c’est comme cela indéfiniment. 

André Breton


L'amour, c'est le creuset sublime où se fait la fusion de l'homme et de la femme ; l'être un, l'être triple, l'être final, la trinité humaine en 
soi. Cette naissance de deux âmes en une doit être une émotion pour l'ombre. 

Victor Hugo  

Il n’y a que l’Amour qui nous rende à nous-même. 

Albert Camus 

MUSIQUE



SCENE 4 : NOUS SOMMES DES LOUPS / EXT JOUR 

Les deux personnages rient ensemble, jouent à se mordre et deviennent deux loups. Ils entament alors un voyage dans de vastes plaines où ils courent librement, accordent leurs oreilles, chantent en choeur. Autour d’eux, de nombreux ronds apparaissent : le cercle du soleil et de la lune qui cohabitent dans le ciel, le cercle des nids des oiseaux ...
Leur course folle les mène au bord d’une rivière, dont les bords sont jonchés de fleurs magnifiques. Là, ils croisent la route d’un élan entièrement blanc, qui entre lentement dans l’eau et traverse paisiblement la rivière. Les loups sont heureux. L’élan s’éloigne aussi paisiblement qu’il est apparu et disparaît dans la forêt. Les loups regardent leurs reflets dans l’eau et voient dans le courant de très beaux petits poissons qui font à leur tour apparaître des ronds dans l’eau. 

 

INSPIRATIONS 

Quand on aime quelqu’un, on ne peut pas se retenir de le mordre en l’embrassant. 

Louis Aragon 

Tout ce que fait un homme, il le fait dans un cercle.
Tout ce que fait le Pouvoir de l'Univers se fait dans un cercle. J'ai entendu dire que la Terre est ronde comme une balle et que toutes les étoiles le sont aussi.
Le vent, dans sa plus grande puissance, tourbillonne.
Les oiseaux font leur nid en rond, car leur religion est la même que la nôtre.
Le soleil s'élève et redescend dans un cercle.
La lune fait de même, et ils sont ronds l'un et l'autre. 

Même les saisons, dans leur changement, forment un grand cercle et reviennent toujours où elles étaient.
La vie d'un homme est un cercle d'enfance à enfance, et ainsi en est-il de toute chose où le pouvoir se meut. 

Elan Noir 

 

Je ris merveilleusement avec toi. Voici la chance unique. 

René Char 

MUSIQUE



SCENE 5 : L’ UNITE / EXT JOUR 

De retour sous leur forme humaine, avec chacun un soleil jaune d'or entre les côtes, l’amour semble être le pont qui les lie à toute chose. Des liens de couleurs se tissent de façon éthérée entre leurs corps, leurs vêtements et les choses vivantes qui les entourent (végétaux, insectes, animaux, soleil etc..). La scène finit par une image où la frontière entre les éléments n’est plus discernable. 

 

INSPIRATIONS

L' Amour est le pont entre vous et toutes choses. 

Rumi 

Un amour naissant inonde le monde de poésie. 

Edgar Morin 

 

MUSIQUE



SCENE 6 : UNE JEUNE POUSSE / EXT JOUR 

Plan totalement silencieux sur une jeune pousse verte, qui sort de terre avec vigueur et pourtant fragilité. Puis subitement, cette jeune pousse est tourmentée par une violente tempête . 

 

INSPIRATIONS

Comme les jeunes pousses dans les serres, toute chose, en ses débuts, doit être protégée des vents violents de la destruction.

Hazrat Inayat Khan 

MUSIQUE

Pas de musique, le silence total précède un déluge de pluie, vent, orage (avec bruitage) qui s’abat sur la jeune pousse. 



SCENE 7 : FAIRE DES NOEUDS / PLACE DU VILLAGE / EXT  NUIT 

Les deux amants retombent subitement sur la place du village, au milieu des gens, la nuit. L’homme volubile jette une corde autour du cou de la fille alors qu’une des femmes entoure d’un autre lasso le jeune homme. Les cordes se multiplient peu à peu entre les gens, et sont lancées de part et d’autre. Le jeune homme et la jeune femme sont soumis, attirés, repoussés, le tout dans des mouvements chaotiques et violents. Les disputes éclatent partout sur la place. Les ombres, vivifiées par cette scène, surgissent de toute part et de la boue envahit toute chose. 

Les deux personnages sont séparés, pris dans des jeux de cordes. 

INSPIRATIONS 

Avez-vous dit oui à une joie ? O mes amis, alors vous avez aussi dit oui à toutes les douleurs. Toutes choses sont enchaînées, enchevêtrées, amoureuses.

Friedrich Nietzsche

Pour nuire, nous sommes puissants. 

Sénéque 

C’est qu’en effet la passion, aux magnifiques yeux égarés, doit pâtir d’avoir à se mêler à la lutte terrestre.

André Breton 

Là où il y a division, il y a forcément conflit. 

Jiddu Krishnamurti 

Imite le moins possible les hommes dans leur énigmatique maladie de faire des noeuds. 

René Char 

Les conflits dans le monde sont le miroir de nos conflits intérieurs non résolus. 

Eckhart Tolle

MUSIQUE



SCENE 8 : LA CHUTE / EXT NUIT 

Un germe noir se développe dans le corps des deux personnages et vient s’enrouler autour de leurs soleils intercostaux et les fait chuter au sol. Ils s’éteignent. Les deux personnages tombent alors dans un trou béant qui s’est ouvert sous leurs pieds, et quand enfin le fond est touché, on ne retrouve qu’un seul personnage, le jeune homme. La jeune femme a disparu dans la chute. 

Des larmes coulent du visage du jeune homme.

INSPIRATIONS 

Comme tous les amoureux, ils étaient persuadés que ce qui menaçait l’amour ne pouvait venir que du monde, que de l’extérieur ; ils ne soupçonnaient pas que le germe de la mort pût se trouver à l’intérieur d’eux-mêmes.
Anaïs Nin 

Il y a de la boue, tant de boue qu’il faut avoir un soleil intérieur accroché entre les côtes si l’on veut éviter d’en être psychologiquement victime. 

Etty Hillesum 

Qu’est ce que la chute ?  C’est l’unité devenue dualité (...) 

Baudelaire 

MUSIQUE



SCENE 9 : L’INCONNU QUI CREUSE / EXT AUBE

Le jeune homme avance dans cet endroit vide et inconnu et se retrouve à la croisée des chemins. La lumière est violente en cet endroit. Il y a un vieux panneau de signalisation, mais il est effacé. Sur un des murs de roche non loin se trouve un cryptogramme. L’homme le touche, tente de le lire, mais rien n’y fait. L’homme tente de regarder vers la lumière blanche mais à chaque fois qu’il essaye, il est ébloui, il ferme les yeux et la scène des cordes lui revient en tête et le fait tressaillir. 

 

INSPIRATIONS 

Nous devons nous y habituer, aux plus importantes croisées des chemins, il n'y a pas de signalisations.. 

Ernest Hemingway 

Il se peut que la vie demande à être déchiffrée comme un cryptogramme. 

André Breton 

La lucidité est la blessure la plus rapprochée du soleil. 

René Char 

MUSIQUE

Silence



SCENE 10 : / UN ISOLEMENT/ EXT JOUR 

Devant lui se trouve une montagne peu accueillante. Ne sachant où aller, il s’y dirige et commence à monter. Tout ce qui l’entoure semble le violenter, l’écorcher, les pierres pointues, les plantes épineuses, la chaleur étouffante etc. Il trouve un point d’eau mais elle glisse systématiquement de ses mains avant qu’il ne puisse la boire. Il abandonne, continue de monter tant bien que mal pendant des heures et des heures. Après cette longue marche, il s'arrête et se retourne. Il voit le ciel chargé des couleurs du crépuscule. Le monde qu’il a quitté en bas de la montagne semble perdre ses formes. Il pense qu’il devient fou et prend son visage entre ses mains. Devant lui se présente un arbre dont les fruits sont tombés au sol, et dont les noyaux ont été fendus par la lumière et la chaleur. L’homme s’assoit au pied de l’arbre et son propre coeur devient comme un de ces fruits. Il se fend alors aussi, dans une grande douleur. L’homme hurle. 

INSPIRATIONS 

Il n'y a encore et toujours que du chaos en moi, ce que je vis est comme une souffrance et ce que je vois me fait vraiment mal. Ce n'est pas moi qui me saisit des impressions, avec leurs pointes acérées, on me les enfonce dans les mains, profondément, et presque à mon corps défendant. . (...) Ce fut des journées extrêmement difficiles où toutes les choses se retiraient de moi comme d'un homme devenant aveugle, où je tremblais de ne plus reconnaître le visage de mon prochain.. 

Rainer Maria Rilke 

Une femme dit : parle nous de la douleur. Il répondit : Votre douleur est l’éclatement de la coquille qui enferme votre entendement. De même que le noyau doit se fendre afin que le coeur du fruit se présente au soleil, ainsi devez-vous connaître la douleur. 

Khalil Gibran 

L’initiation consiste à avancer dans une direction inconnue de soi. 

Hazrat Inayat Khan 

Pulvérise mon coeur pour y faire place à un amour sans limite. 

Proverbe soufi 

MUSIQUE



SCENE 11 : / UNE PORTE DANS LA MONTAGNE / EXT NUIT 

La nuit tombe et se fait noire et dense. L’homme s’enfuit loin de l’arbre avec sa blessure au coeur et continue à monter, coûte que coûte. Il est épuisé, titube, chute et se relève péniblement. Il n’ y a aucun signe de vie autour de lui. C’est alors qu’il découvre une porte mystérieuse dans la montagne, et en son sommet, le lierre accroché à la paroi semble former un anneau de Moebius (huit horizontal).
La plante recouvre aussi partiellement la porte, ce qui indique qu’elle n’a pas été poussée depuis longtemps. 
Il la dégage de ses mains et décide d’entrer. 

INSPIRATIONS 

Pousse hardiment la porte devant laquelle tous cherchent à s’esquiver. 

J.W. von Goethe 

Enfonce-toi dans l’inconnu qui creuse. Oblige-toi à tournoyer. 

René Char 

Ta tâche n’est pas de chercher l’amour mais simplement de chercher et trouver tous les obstacles que tu as construit contre l’amour. 

Djalal al-dîn Rûmi 

Chaque homme dans sa nuit s’en va vers sa lumière. 

Victor Hugo 

Plus claire la lumière, plus sombre l’obscurité ... il est impossible d’apprécier correctement la lumière sans connaître les ténèbres.

Jean-Paul Sartre 

 

MUSIQUE



SCENE 12 : DEJEUNER AVEC LES MORTS / INT NUIT 

Derrière la porte, il découvre une lyre, une table et plus loin un étang.
Il se saisit de la lyre et commence à jouer quelques notes.
Des spectres surgissent, tels des ombres, et à l’écoute de cette musique, se regroupent autour de la table et lui proposent une place. Il y a du pavot séché en guise de repas. L’homme partage le repas silencieusement avec ses hôtes et apprend à ne pas les craindre. Les graines de pavot emplissent peu à peu l’image. 

INSPIRATIONS 

Seul, qui déjà éleva sa lyre

Jusque parmi les ombres

Peut pressentir et proclamer la louange infinie 

Seul, qui avec les morts a mangé
Le pavot, leur pavot
Ne perdra plus jamais fût ce le plus léger des sons 

Le reflet de l'étang souvent
Se trouble à nos yeux 

Connais la vraie Image. 

Dans le Double Royaume enfin
Les voix se feront tendres et éternelles. 

Rainer Maria Rilke 

 

Là où croît le péril croît aussi ce qui sauve. 

Friedrich Hölderlin 

MUSIQUE



SCENE 13 : CONNAIS LA VRAIE IMAGE / INT NUIT 

Puis, l’homme se lève car les morts lui font signe d’aller vers l’étang . Il semble effrayé de cette proposition mais y va, escorté. Arrivé au bord, il plonge son regard dans l’eau. A sa grande surprise, l’eau trouble s’éclaircit et il y voit apparaître une forêt de sapins colorés qui se tiennent chauds les uns les autres, la nuit, par une très belle lune. Un serpentin de lumière traverse le ciel vu dans l'eau et celle-ci devient complètement translucide. Ici il peut enfin boire. 

INSPIRATIONS 

C’est à l’endroit où l’eau est la plus profonde qu’elle est la plus calme. 

William Shakespeare 

Il est grand temps de rallumer les étoiles. 

Guillaume Apollinaire 

MUSIQUE



SCENE 14 : SORTIR DE LA JUNGLE / EXT JOUR 

Les morts le saluent, l’homme sort de leur demeure et reprend sa route. Il a repris courage mais il doit traverser désormais d’épaisses broussailles, qu’il doit défricher comme il peut avant d’arriver à une clairière. 

INSPIRATIONS 

Notre unique obligation morale, c’est de défricher en nous- mêmes de vastes clairières de paix et de les étendre de proche en proche, jusqu’à ce que cette paix irradie vers les autres. Et plus il y a de paix dans les êtres, plus il y en aura aussi dans ce monde en ébullition. 

Etty Hillesum 

 

Chaque homme doit inventer son chemin. 

Jean-Paul Sartre 

 

L’important c’est être à soi-même sa propre lumière, son propre maître et son propre disciple. 

Jiddu Krishnamurti

MUSIQUE



SCENE 15 : DANS L’ AUBERGE / INT JOUR 

Au milieu de cette clairière se trouve une auberge désaffectée dans laquelle il entre. Il s’assoit pour se reposer. Soudain se succèdent de nouveaux arrivants. Ils sont d’autres « lui ». L'un a l’air perdu, le suivant découragé, le troisième colérique, le quatrième honteux. Puis un groupe de « lui » arrive en pleurant à gros sanglots. 

Le jeune homme n’a pas peur de ses doubles, il les accueille et les invite à entrer. Il les regarde et les calme. Au fur et à mesure de son accueil, la lumière semble de plus en plus vive à l’extérieur, et illumine l’auberge. Le jeune homme, attiré par cette belle lumière, sort. 

INSPIRATIONS 

Ainsi l'être humain est une auberge.
Chaque matin, un nouvel arrivant.
Une joie, un découragement, une méchanceté, une conscience passagère se présente, comme un hôte qu'on n'attendait pas. 

Accueille-les tous de bon cœur !
Même si c'est une foule de chagrins
qui saccage tout dans ta maison,
et la vide de ses meubles,
traite chaque invité avec honneur.
Il fait peut-être de la place en toi pour de nouveaux plaisirs. 

L’idée noire, la honte, la malice, accueille-les à ta porte avec le sourire et invite-les à entrer. Sois reconnaissant à tous ceux qui viennent car chacun est un guide qui t'est envoyé de l’au-delà.
Rumi 

Vivre, c’est transformer en conscience une expérience aussi large que possible. 

André Malraux 

MUSIQUE



SCENE 16 : L’UNITÉ RETROUVÉE / EXT JOUR 

Le jeune homme regarde vers la jungle qu’il a dû traverser pour revenir à l’auberge. Dans les bosquets, deux yeux d’animaux luisent intensément. Ils sont en forme d’anneau de moebius. L’élan blanc (scène 4) sort du bois et fait face à l’homme. 

Il en tombe à genoux. L’élan s’approche de lui et son museau tape doucement la cage thoracique de l’homme. L’homme pose la main sur cette zone et le soleil intercostal réapparaît en lui. Il relève la tête et à l’horizon, il distingue au milieu du paysage, un petit point lumineux qui avance lentement vers lui. 

La scène se termine sur cette longue progression du point lumineux qui avance vers lui. 

INSPIRATIONS 

La Voie spirituelle ruine le corps et, après l’avoir ruiné, lui rend la prospérité ;
Elle a détruit la maison pour y découvrir le trésor caché, et avec le même trésor la rebâtit plus belle qu’auparavant ; 

Elle a coupé l’eau, et nettoyé le lit de la rivière, puis a fait couler l’eau potable dans le lit de la rivière ;

Elle a percé la peau et retiré la pointe de fer - puis de la peau neuve a poussé sur la blessure. 

Rumi

 

C’est là (…) en cette région paradoxale où la fusion de deux

êtres qui se sont réellement choisis restitue à toute chose les

couleurs perdues du temps des anciens soleils, où pourtant

aussi la solitude fait rage.

André Breton

 

Qu’est ce que l’idéal ?  C’est l’épanouissement de l’âme humaine. Qu’est ce que l’âme humaine?  C’est la plus haute fleur de la nature.
Jean Jaurès 

 

L’amour est état. L’amour n’est pas à l’extérieur mais au plus profond de vous. Il est en vous et indissociable de vous à jamais. Il ne dépend pas de quelqu’un d’autre, d’une forme extérieure.
Eckhart Tolle

 

L’amour, c’est l’occasion unique de mûrir, de prendre forme, de devenir soi-même un monde pour l’amour de l’être aimé.

Rainer Maria Rilke 

 

MUSIQUE

Le générique de fin court sur cet extrait. 


- BIOGRAPHIE DES AUTEURS

 

Yannis Baziz & Marie Planchard 

  

 - Né en France en 1996, d'une mère française et d'un père marocain, Yannis a passé son enfance et son adolescence au Maroc où il a pu s'imprégner de l'âme des musiques arabes et méditerranéennes, plus particulièrement du son du oud. Il a également exploré la richesse de l'univers du piano classique, d'où il gardera les influences de compositeurs comme Chopin, Rachmaninoff, Liszt, Ravel...

A l'adolescence, il s'intéresse à la guitare et au jazz, qui l'amèneront plus tard dans le sud de la France où il obtiendra à l'âge de 20 ans un DEM de jazz mention très bien à l'unanimité au Conservatoire de Marseille (2017), accompagné d'un prix Sacem pour la composition.  En 2018, il devient lauréat du Fonds Régional pour les Talents Emergents d’Ile de France «FoRTE». 

Avant d'être interprète, c'est surtout dans la création que Yannis se retrouve. Qu'elle soit écrite, comme la composition, ou instantanée et éphémère, comme l'improvisation, la création musicale est pour lui l'expression de l'essentiel. 

www.yannisbaziz.com

 

- Marie Planchard est née en 1981 en France. Diplômée du CELSA puis d’un master en droit des professions artistiques à l’Université d’Aix en Provence, elle travaille ensuite en tant que chargée de communication / développement au sein de diverses institutions culturelles (régie de cinéma, théâtre, festival, école d’art, association) avant de creér en 2017 Diem Production, dont le siège est à Paris. Marie a suivi en 2005 une formation au CIFAP en écriture de scénario. Elle a également déjà produit plusieurs clips et projets audiovisuels et signé la préface d'un livre.

www.diemproduction.com.   marieplanchard@diemproduction.com  


- NOTE D'INTENTION

« On n’échappe pas à la relation. Dans le miroir de la relation nous pouvons nous voir nous-mêmes, découvrir qui nous sommes, nos réactions, nos préjugés, nos peurs, la dépression, les anxiétés, la solitude, la souffrance, la douleur, le chagrin. Nous pouvons aussi découvrir si nous aimons, où si l’amour existe. » Jiddu Krishnamurti 

Cet auteur dont les ouvrages et les causeries (comme il aimait à les nommer) ont éclairé des dizaines de milliers d’auditeurs sur les cinq continents, n’a eu de cesse de porter l’attention sur l’importance de la connaissance de soi. Bien loin d’orienter vers une quête narcissique, Jiddu Krishnamurti a toujours incité l’homme à prendre conscience des processus de son esprit, afin qu’il puisse découvrir ce qui existe au delà de ce qu’il nommait son « cerveau ancestral » conditionné et porteur de division et conflit. 

S’il n’y a pas meilleur endroit que la relation à autrui pour s’éveiller, c’est parce que c’est dans cet espace que nous avons l’occasion de prendre conscience de la grappe d’intérêts contradictoires qui régente notre esprit, et dont un « fruit » (une peur, un désir, une quête, une fuite) puis l’autre prend tour à tour le contrôle sans même que nous nous en rendions compte. La confusion dans laquelle sont faits nos mouvements génère tôt ou tard dans ce monde conflits et destruction. A l’échelle individuelle et collective. Il suffit de regarder l’histoire de nos vies et celles du monde pour s’en apercevoir. 

La relation est donc un extraordinaire miroir de nos parts d’ombre mais aussi de lumière. Car parfois, elle reflète profondément l’amour qui est en nous. C’est ce qui se produit lorsque le jeune héros du court-métrage croise la route d’une inconnue. 

L’Amour n’étant pas entendu ici comme un sentiment amoureux, mais comme ce qui existe en chacun de nous au delà de la pensée conditionnée et du temps. 

L’Amour est entendu comme cet espace en nous, intact, où tout est neuf et d’où sens, beauté et unité semblent jaillir spontanément. Cet espace où nous sommes création. 

L’Amour, que Krishnamurti décrivait comme la seule véritable révolution, a cette fabuleuse capacité de rendre un être à lui-même en le plongeant dans le présent, ce « lieu » pacifié, ce lieu qu’il habitait enfant. Celui qui aime véritablement pratiquer une activité le sait bien. Son être s’y dédie maintenant entièrement, et l’énergie vitale, l’enthousiasme affluent. 

Si le livre « Le Pouvoir du moment présent », manifeste de la conscience écrit par l’auteur contemporain Eckhart Tolle, a été vendu à des millions d’exemplaires ces dernières années, c’est peut être qu’une poussée vers la conscience est en marche, la situation mondiale et le souci de laisser à nos enfants une terre « encore possible » suscitant chez beaucoup de gens des recherches de solutions. L’injonction de Gandhi insiste sur ce sens de la responsabilité : « Sois le changement que tu veux voir dans le monde ». La fin du conflit et de la destruction à l’échelle mondiale commence à l’échelle individuelle. Le monde tel qu’il est aujourd’hui est à l’image du conflit et de la souffrance qui existe en chacun de nous. Et l’Amour prend une si grande signification car en sa présence, cette lutte incessante prend fin. 

Au fil des siècles, le chemin de la conscience a pourtant toujours été indiqué, mais pas assez entendu : Bouddha parlait de cette présence attentive portée à son propre esprit (samyak-smriti ), Socrate, dont l’injonction « Connais-toi toi même » est inscrite sur le temple de Delphe. 

 

 

Pour écrire ce court-métrage, nous sommes donc allés à la découverte de ceux qui ont su, à leur époque, parler justement de l'Amour et de la conscience, qui sont jumeaux. Il nous est apparu, que, sous des formes variées, les mots de ces auteurs convergeaient. Comme un spectre de lumière fait de multiples rayons. 

Philosophes, auteurs, artistes, poètes, scientifiques, les mots de plus de 75 hommes et femmes, de l’Antiquité à nos jours, ont nourri l’écriture du court métrage.

(Cf scénario / inspirations) : 

Victor Hugo, Goethe, Sénéque, Platon, Rainer Maria Rilke, Jean-Paul Sartre, Simone Veil, Rumi, André Breton, Etty Hillesum, Carl Jung, Holderlin, Baudelaire en font partie. Tout comme Khalil Gibran, dont un extrait du livre « Le Prophète » illustre parfaitement le parcours initiatique du personnage : 

 

Car si l’amour vous couronne, il vous crucifie aussi.
Et s’il est pour votre croissance, il est aussi pour votre élagage. 

Autant il s'élève au plus haut de vous-même et caresse les plus tendres de vos branches qui frémissent dans le soleil, 

Autant cherche-t-il à s'enfoncer au plus profond de vos racines et à les ébranler dans leurs attaches à la terre. (...)
Tout cela, l’amour vous le fait subir afin que vous connaissiez les secrets de votre coeur et, au travers de cette connaissance, deveniez fragment du coeur de la Vie. 

 

Cela fait référence à la liberté découverte par l’Amour, mais aussi au profond relief que celui-ci crée : lorsque la lumière apparaît, la souffrance devient alors visible, la violence et l’incohérence de nos vies se fait profondément sentir : le héros devra apprendre à se comprendre et à mettre fin aux conflits intérieurs qui le ravagent. Il fera l’expérience d’une chute violente de l’unité retrouvée à la dualité, et de la solitude. Il n’aura alors de cesse d’avancer vers l’inconnu pour retoucher à la grâce. Il lui faudra affronter ses démons intérieurs, comprendre sa peur du vide, de la mort, les transcender. Il lui faudra devenir sa propre lumière pour pouvoir retrouver son amie. 

Les décors du court-métrage, qui feront écho aux mondes intérieurs du héros, seront teintés des mots, des symboles et des images de divers auteurs et penseurs (parmi les 75), avec une inspiration marquée des univers d’André Breton, Rainer Maria Rilke et d’auteurs dits « mystiques », comme Khalil Gibran et Rumi. 

Pourquoi eux en particulier ? 

André Breton était le maître du surréalisme. Dans son Manifeste, il présente ce courant comme un « refus de toutes les constructions logiques de l’esprit » . La pensée, libérée de ses jougs, retrouve sa juste place et devient alors poétique, fertile, jaillissante. 

Le surréalisme propose des imaginaires riches et originaux qui nourriront largement les éléments de décors et le style du film. 

Les mots de Rilke transparaîtront également à l’image. Ce poète n’avait pas son pareil pour découvrir nos ombres et lumières. Comme le dit Fabrice Midal dans la préface de l’oeuvre l’Amour inexaucé : « Si Rilke ouvre une voie spirituelle, c’est parce que son regard est à même de libérer le nôtre de ce qui l’éteint, le ferme et l’effraie. Rilke a passé sa vie en poète, à chercher un chemin pour l’homme d’aujourd’hui, un chemin réel. Car ceux déjà établis, ceux que les hommes ont autrefois construits sont devenus des impasses ». 

Leurs oeuvres résonneront enfin à l’image grâce entre autre, au choix de couleurs chatoyantes, aux matières et d’une attention particulièrement portée sur les lumières et clairs-obscurs. La quête d’extase de ces auteurs, ou étymologiquement « sortie de soi » correspond en tout point à celle du jeune héros. 

La musique sera le langage de ce court-métrage. Elle y sera centrale et sera issue d’Initiation, premier album du jeune musicien compositeur multi-instrumentiste (oud, piano, guitare) Yannis Baziz, lauréat 2018 du dispositif « FoRTE », Fonds Régional pour les Talents Emergents,  et co- scénariste du court-métrage.